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Les actions de sensibilisation s'inscrivent dans un processus de médiation. Les enjeux sont l'élargissement, l'ouverture et la proximité avec les publics, notamment en région Poitou-Charentes, territoire sur lequel la compagnie est en résidence.
Les actions passent par des interventions et des ateliers des équipes artistiques et techniques ou des lectures, mais également par la mise à disposition de supports (dossiers, CD-rom...).
Cette année, après avoir mené 4 ans durant le projet des Petits Forums Théâtraux, La Spirale mène LES IROQUOIS, un concours d’écriture organisé dans les lycées du Poitou-Charentes.
Notre objectif est de valoriser auprès des adolescents la langue orale dans l’écriture d’un texte court pour la scène. Ces textes seront joués par les acteurs professionnels de la Spirale…
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Les petits forums théâtraux
Intervention de Jean Boillot énoncée aux rencontres de L’ANRAT le vendredi 11 novembre 2005 à Nantes
À la Spirale, ma compagnie, nous avons une certaine expérience des actions artistiques en direction des publics scolaires. Nous avons testé les différentes « formules » proposées par les lieux qui nous ont accueillis : la classique « rencontre » avec les élèves en classe ou au théâtre, après ou avant le spectacle au théâtre, avec ou sans visite du plateau ; « l’atelier » de deux heures ; le « stage » de plusieurs jours sur des heures banalisées, avec les options légères ou lourdes ; le « stage mixte » en dehors du temps scolaire où se mêlaient lycéens et professeurs ; la très ancienne et discutable « matinée scolaire »... Nous n’avons, en revanche pas fait de « résidence de création dans un établissement scolaire », mais nous en avons le projet.
Ces expériences nous ont intéressés au point d’en proposer à notre tour de nouvelles qui mettent en application les observations que nous avons recueillies.
Le projet des petits forums théâtraux est un dispositif que nous avons mis sur pied la saison passée. Il a plusieurs origines.
Nous avons constaté que le public de collège ou de lycée est différent des autres (enfant ou adulte). Qu’il est lui-même composé de plusieurs publics qui se distinguent par tranche d’âge : un élève de 5ème n’est pas dans les mêmes problématiques qu’un élève de 3ème ; et a fortiori qu’un élève de 1ère préparant un bac général ou professionnel. Il existe par ailleurs peu de répertoire destiné aux élèves de collège ou de lycée, c’est à dire de textes qui traitent des problématiques des jeunes gens, et non de celles imposées dans le cadre de leur enseignement. C’est ainsi que nous avons vécu des « matinées scolaires » qui furent de véritables catastrophes : 400 élèves ou plus, allant de la sixième à la terminale (quand ce n’était pas des tout-petits de CE1 que nous voyions débarquer main dans la main), sont venus voir Notre Avare d’après Molière. Sous prétexte que c’est Molière, on peut y venir les yeux fermés. Notre Avare est un travail expérimental dans une veine « épique » où les quatre amoureux racontent leur version de la pièce en conservant les mots de Molière. Ce spectacle a eu du mal à passer. Nous avons été contraints de faire l’ordre nous-même devant la démission de certains professeurs, jusqu’à parfois arrêter la représentation. Catastrophe pour nous, pour l’image qu’ils ont du théâtre, pour ce lien artiste/public qui nous est si cher...
Par ailleurs, nous nous sommes interrogés sur la formation professionnelle : comment concevoir une action pertinente en direction de jeunes artistes professionnels ou en voie de l’être ? C’est ainsi que nous avons eu l’idée de faire avec eux un spectacle en direction de ce public scolaire réputé difficile en nous interrogeant sur une manière spécifique de l’aborder, c’est à dire en plaçant la question du public au coeur du processus de répétition.
Un petit forum est donc une proposition ciblée pour un jeune public, avec une exigence artistique qui est la nôtre (notre travail sur le théâtre épique contemporain).
Voici comment il s’articule. Nous passons commande d’un texte à un auteur dramatique. Ce texte doit répondre à un certain nombre de contraintes. Il doit être écrit pour des jeunes adolescents. Il doit durer approximativement 40 minutes. Il doit emprunter à la forme épique où le narratif prime sur le dramatique, avec pour conséquence un rapport direct des acteurs au public. L’âge des personnages doit être voisins de ceux qui regarderont le spectacle. Par ailleurs, la pièce doit traiter de faits sociaux contemporains.
La petite pièce livrée, je la répète avec de jeunes acteurs, (issus soit de classes supérieures d’école de théâtre, soit d’une jeune troupe). Cette proximité d’âge entre spectateur et acteur est essentielle dans notre dispositif : elle permet un plus grand dialogue entre la scène et la salle et surtout l’identification, essentielle à cet age. L’équipe répète pendant trois semaines. À la fin de chaque semaine de création, une répétition publique est proposée aux relais (professeurs, personnels des lycées, élèves...)
S’en suit une tournée dans les lycées d’au moins 12 dates, à raison de 2 ou 3 représentations par jours. Les représentations sont suivies d’une rencontre avec l’équipe artistique. L’espace d’une salle nous permet de travailler en lumière naturelle, avec un maximum de 70 élèves, ce qui limite les problèmes liés au nombre (dispersion, bruit, différence d’âge...) et privilégie l’échange pendant et après la représentation.
Premier petit forum théâtral : La Vérité de Jean-Marie Piemme
La première expérience s’est déroulée dans le cadre de notre résidence au Théâtre Universitaire de Nantes, scène conventionnée. Le T.U. a été central dans la production, la diffusion et la coordination de La Vérité. Il a été le producteur délégué de l’opération. Il a construit la tournée grâce à son réseau d’enseignants-relais. Sa directrice, Catherine Bizouarn, connaît la nébuleuse des jeunes troupes de la Région. C’est elle qui nous a mis en contact le Théâtre des Cerises.
Le Théâtre des Cerises est constitué d’une quinzaine d’acteurs, pour la plupart d’anciens étudiants du conservatoire de Nantes. Certains sont aussi musiciens. Plusieurs possèdent aussi une expérience d’intervention en milieu scolaire. L’équipe est soudée, volontaire, ambitieuse. Plusieurs spectacles professionnels avaient été faits (dont Le Moine). La moyenne d’âge : 25 ans.
Pour écrire le texte de cette première expérience, j’ai demandé à Jean Marie Piemme, pédagogue, dramaturge et auteur. Depuis plusieurs années Jean-Marie Piemme développe un type d’écriture exigeant, « épique », dans la lignée de Brecht et de Müller : pratiquant la forme brève, préférant le narratif au dramatique, brouillant les cartes de la psychologie du personnages, plaçant l’acteur dans une position de dramaturge aussi bien que d’interprète. Son intérêt se portent particulièrement sur des sujets sociaux contemporains.
Jean-Marie a été frappé par la fausse agression d’une jeune femme dans le RER. Ce fait divers sur fond d’antisémitisme, d’acte barbare, a été monté en épingle par les médias, puis s’est avéré creux après que la jeune femme eut avoué son mensonge, laissant apparaître les erreurs d’appréciation hâtives et leurs conséquences.
La Vérité raconte comment les médias « gonfle » le réel, le transforme en spectacle à des fins simplificatrices et moralisantes. La pièce met en scène le tournage d’un « reality show », où on filme la reconstitution d’un fait divers : l’agression d’un jeune homme par le mari de sa maîtresse. Les rôles sont tenus par les acteurs du drame. On voit la réalisatrice de ce film s’arranger pour rendre « spectaculaire » ce qu’elle qualifie de banal : au lieu de la cave sordide où s’est passée l’agression, elle filme au milieu d’une fête foraine ; elle met en scène le combat de la victime et du bourreau, en affublant le premier de signes homosexuels et juifs, transformant ainsi l’agression en acte antisémite et homophobe.
La pièce adopte une forme complexe. L’acteur doit faire face à différents niveaux de jeu : il est soit un narrateur qui raconte cette histoire (ainsi des didascalies sont dites et non jouées), soit le personnage qui raconte au passé l’action à laquelle il a participé, soit le personnage qui joue, ou rejoue son drame devant nous... Certaines répliques ne sont pas distribuées : charge à nous de le faire. Si la pièce utilise principalement le registre réaliste, l’auteur a cependant recours au fantastique : un nuage prend forme humaine, c’est l’homme dans les nuages qui vient commenter l’action, comme un choeur antique.
Cette variété des formes est enrichie par des parties musicales. Pour les travailler, j’ai demandé à Philippe Nahon, directeur artistique et chef d’orchestre d’Ars Nova de développer avec eux pendant une journée, des jeux d’improvisation que nous pourrions réutiliser lors des représentations.
La classe de scénographie de Marcel Freydefond à l’école Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes a réalisée la scénographie et les costumes. Quatre étudiantes ont travaillé sous le regard d’une scénographe professionnelle, Annabel Vergne, à partir d’un budget serré, pour nous faire un dispositif scénique léger, rapide à monter et adaptable au différentes configurations des classes.
La Vérité a ainsi été jouée 24 fois, dans des lycées de Pays de Loire : à Nantes, Guérande, Basse Goulaine, La Roche dur Yon. Une autre tournée est en préparation pour cette saison entre Pays de Loire et Poitou-Charentes, grâce à un axe interrégional que nous tentons de développer avec nos différents partenaires.
Après le spectacle, les lycéens se sont exprimés, soit dans la rencontre qui a suivi la représentation, soit par mail (plus efficace). Le spectacle a reçu un bon accueil. Les jeunes gens nous ont dit qu’avant de voir La Vérité, ils ne savaient pas à quoi s’attendre (nous n’avions pas voulu donner le texte en amont, vu ses difficultés de lecture), leur vision du théâtre étant dans l’ensemble catastrophique : « ringard », ennuyeux, vieillot, incompréhensible, « pas fait pour eux »... Ce n’est pas ce qu’ils ont retrouvé dans La Vérité : ils ont été sensibles à la langue qui leur parlait directement. Ils ont compris l’histoire, la multiplicité des formes n’a pas été un obstacle. Au contraire, la virtuosité des acteurs/musiciens les a touchés. Ils ont été sensibles à la proximité des acteurs (certains mails féminins ont même vanté les beautés des acteurs masculins). Nous avons eu des questions sur les métiers des théâtres. Beaucoup ont souhaité suivre le travail des Cerises.
Certains lycéens ont relevé le débat d’idée qui anime La Vérité : on a parlé de « manipulation des médias », de « désinformation » ; le thème de la Vérité/Mensonge a été relevé (faut-il toujours dire la Vérité, la Vérité est-elle un absolu ?). A notre grande surprise, le sexisme, la violence faite aux femmes, sujet mineur de la pièce mais violemment mis en scène, n’ont jamais été évoqués. Comme si c’était « normal » ou comme si la forme théâtrale que nous avions faite ne permettait pas de juger cela anormale. La seule chose qui les a vraiment gênés : une cigarette fumée par une actrice pendant la pièce. La reprise du spectacle pour cette saison devrait nous permettre de corriger certains traits.
Quels effets un dispositif comme les petits forums aura-t-il sur ce jeune public à long terme ? Pourra-t-il contribuer à changer l’image du théâtre, à renouveler le dialogue Théâtre/école, à changer les regards ? L’expérience est trop jeune encore. Trop limitée aussi. Outre la tournée de La Vérité, nous allons bientôt créer notre second petit forum, La Tête en Bas d’Olivier Chapuis avec les étudiants du Conservatoire de Poitiers, dans les lycées de la région Poitou-Charentes. Nous souhaitons proposer ce concept à d’autres régions, à d’autres équipes artistiques. Nous pourrons alors mieux apprécier la pertinence des petits forums et nous pourrons en reparler alors.
Jean Boillot metteur en scène et directeur artistique de la Spirale
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